Le glissement identitaire au travail est un phénomène encore peu connu, mais pourtant central dans la compréhension des risques psychosociaux — et notamment du burn-out. Derrière les symptômes visibles — surcharge, stress, épuisement — se cache souvent un mécanisme plus profond : une perte progressive de repères, de sens… et de soi.

Quand l'engagement devient un piège

Tout commence généralement de manière insidieuse. Un collaborateur s'investit, cherche à bien faire, à répondre aux attentes. Il fait face à une exigence croissante, accepte une charge de travail importante, mobilise ses ressources pour atteindre ses objectifs et donner satisfaction.

Progressivement, les temps de récupération disparaissent, la pression ne retombe plus vraiment, et l'équilibre devient fragile.

Tous ces éléments sont souvent mis en avant comme étant liés au burn-out — mais en sont-ils la cause ? Le symptôme ? Pourquoi quelqu'un entre-t-il, à un moment donné, dans ce cercle vicieux ?

Perdre sa boussole : une expérience fréquente

Les personnes confrontées à cette situation décrivent presque toutes le même ressenti.

Elles parlent d'une impression de s'être perdues, de ne plus savoir qui elles sont vraiment.

Elles expliquent qu'elles continuent à faire ce que l'on attend d'elles, mais que cela n'a plus de sens.

Ce vécu n'est pas anodin. Il traduit une perte de repères internes — comme si la boussole qui guidait jusque-là leurs choix et leurs actions ne fonctionnait plus.

Le glissement identitaire correspond précisément à ce processus. À force de s'adapter, de chercher à répondre aux attentes — explicites ou implicites — le collaborateur modifie progressivement sa manière d'agir, de penser, parfois même ses valeurs. Cette adaptation, qui peut sembler nécessaire au départ, finit par créer un écart entre ce qu'il est profondément et ce qu'il montre ou produit dans le cadre professionnel.

C'est dans cet écart que s'installe la souffrance.

Prévenir pour mieux guérir

Comment être capable de s'adapter aux codes d'une entreprise, à sa culture, aux modèles qu'elle propose, sans perdre son identité ? C'est tout l'enjeu de la prévention des RPS.

Une prévention efficace doit être effectuée très en amont — avant le « glissement » de son identité, avant d'avoir ce sentiment de perte de soi-même, et donc de perte de sens.

Se définir clairement
Identifier ses valeurs, ses lignes rouges, ses attentes — pour savoir à quoi ne pas renoncer quand la pression monte.
Construire son socle identitaire
Consolider les bases qui permettent de trouver sa place dans le collectif sans avoir à s'y dissoudre.
Préserver son énergie
Ne pas dépenser toutes ses ressources à correspondre à de supposés attendus, souvent implicites voire imaginaires.
Enrichir le collectif par sa singularité
Apporter au groupe sa propre réflexion, sans crainte — en comprenant que la différence renforce le collectif, elle ne le menace pas.

Une prévention bien menée ne demande pas aux collaborateurs de résister au changement ou de refuser l'adaptation. Elle leur donne les ressources pour s'adapter sans se trahir — et c'est là toute la différence.